Coupe Davis: le Canada en demi-finale à l’arraché

Coupe Davis: le Canada en demi-finale à l’arraché


MALAGA, Espagne | Il aura fallu trois matchs, presque sept heures de jeu, une raquette brisée et une remontée face à une paire en double qui n’avait jamais connu la défaite, mais le Canada a obtenu son billet pour le carré d’as de la Coupe Davis et une confrontation contre l’Italie, jeudi, à Malaga. 

C’est le duo formé de Denis Shapovalov et de Vasek Pospisil qui a procuré le point décisif aux représentants de l’unifolié contre l’Allemagne, en battant la paire composée de Kevin Krawietz et de Tim Puetz 2-6, 6-3 et 6-3. 

Un exploit en soi, puisque le duo allemand, formé de deux joueurs classés parmi les 25 meilleurs en double, était jusque-là invaincu en huit rencontres de Coupe Davis.

Il était alors 00 h 03 dans la ville qui a vu naître Pablo Picasso. Le premier simple s’était amorcé vers… 17 h 20. 

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« [Jeudi], c’était le parfait exemple de ce qu’est la Coupe Davis à son meilleur, a soulevé le capitaine de l’équipe canadienne, Frank Dancevic. Denis avait de la misère à trouver son rythme dans le premier simple et il a perdu un match très serré. […] Félix [Auger-Aliassime] a joué de façon exceptionnelle pour nous maintenir en vie. »

« Ce n’est jamais facile de revenir après avoir perdu une rencontre et de remporter le suivant, a ajouté l’ancien joueur au sujet de Shapovalov. Et Vasek, avec son expérience de vétéran, il est l’une des clés de notre succès. » 

Contre sa bête noire

Car, non, ce ne fut pas une grande entrée en la matière pour Shapovalov face à Jan-Lennard Struff, un ancien top 30 chuté au-delà de la 150e position en raison d’une blessure. 

Struff, qui a une fiche ultra-positive dans ses confrontations face à « Shapo » (six victoires contre trois revers, avec le gain de jeudi), a brisé l’Ontarien dès sa première partie au service. 

Le 18e mondial ne s’en est pas remis immédiatement, perdant le set initial avant de rebondir au deuxième. Mais les choses se sont à nouveau corsées dans la manche ultime. 

À 2-1, le Canadien a laissé filer un passing du vétéran allemand qui, selon lui, se dirigeait à l’extérieur du terrain. Mais la balle est tombée bien à l’intérieur des lignes, procurant le bris à Struff. 

Shapovalov a raté sa frappe suivante et a fracassé sa raquette contre le sol. Il n’en fallait pas plus pour que les partisans allemands, nombreux dans les estrades du stade Martin Carpena, ne le chahutent très fort. 

Le joueur de 23 ans a bien tenté de s’accrocher. Il a même brisé sa bête noire quand elle servait pour le match. Mais il s’est ensuite effondré au bris d’égalité, concédant une victoire de 6-3, 4-6 et 7-6 (2) à l’Allemagne.  

Félix ne tremble pas

Le sort du Canada reposait alors sur les épaules de Félix. Et il était pesant, ce poids : avec Auger-Aliassime, sixième et joueur mieux classé de cette phase finale, ainsi que « Shapo » dans ses rangs, les Canadiens aspiraient aux grands honneurs en Espagne. Pas à une défaite en quarts.

Mais contre Oscar Otte, 65e mondial, le Québécois n’a jamais tremblé. Dans un match sans histoire, la fierté de L’Ancienne-Lorette a maintenu les chances de son pays. 

Félix s’est imposé 7-6 (1) et 6-4, devant un box canadien bien garni qui exultait, à moitié soulagé.

« Ça m’a aidé d’avoir cette équipe qui me gardait positif, a-t-il reconnu. Je tente toujours de donner mon meilleur effort [dans ces compétitions par équipe]. »

« C’est toujours ce que je fais, a poursuivi le top 10, mais encore plus dans ces occasions particulières, parce que je sais que j’ai une équipe qui compte sur moi pour gagner. »


Denis Shapovalov (à gauche) et Vasek Pospisil ont sauté de joie en éliminant l’Allemagne grâce à une victoire en trois manches en double, jeudi, en Espagne.

Photo Reuters

Denis Shapovalov (à gauche) et Vasek Pospisil ont sauté de joie en éliminant l’Allemagne grâce à une victoire en trois manches en double, jeudi, en Espagne.

Débuts chancelants

Encore fallait-il, toutefois, que le Canada remporte ce double décisif, face à un duo redoutable. Avec, en plus, un Shapovalov qui avait été chancelant dans son simple, lui qui revenait d’une semaine de vacances dans les Maldives. 

Pospisil et « Shapo » ont d’ailleurs craqué tôt dans la rencontre, cédant deux bris dans la première manche au duo Krawietz-Puetz. 

Sauf qu’ils se sont ressaisis. C’est d’abord le vétéran Pospisil, actuel 100e mondial en simple, mais très bon joueur de double, qui a ouvert la machine, sortant des frappes qu’on ne l’avait plus vu faire depuis un moment.

Tsunami de coups gagnants

La deuxième manche en poche, son partenaire a trouvé son rythme. Et ce set ultime a été tout à l’avantage des Canadiens, dans ce qu’a qualifié Dancevic de « tsunami de coups gagnants ».

« Au début du match [de double], l’autre équipe jouait très bien et nous, nous étions un peu en dessous de notre niveau, a analysé le capitaine. Mais je savais que lorsque nous allions le trouver, le momentum allait changer en notre faveur. »

« Les deux autres manches, nous étions tout en énergie. Je ne pense pas que les gars de l’autre côté ont abaissé leur niveau ; c’est nous qui avons élevé le nôtre », a-t-il également souri. 

Les Canadiens auront maintenant un peu de 24 heures pour se remettre de ce qui aura aussi été un tsunami d’émotions. 

Ils affronteront samedi l’Italie, pour une place en finale, ce qui serait une première en quatre ans pour la délégation.  

« Gagner ainsi, c’est incroyable » – Frank Dancevic

Les plus belles victoires sont souvent celles acquises dans l’adversité. « Gagner comme on l’a fait, c’est une sensation incroyable », s’est réjoui Frank Dancevic, jeudi.  

Le jeune capitaine était « extrêmement fier » de ses protégés quand il a rencontré les médias, peu après la victoire décisive en double de Denis Shapovalov et de Vasek Pospisil. 

« Je crois que cela démontre à quel point notre équipe est forte », a-t-il soutenu. 

Dancevic a aussi souligné l’apport de toute la formation canadienne assise sur le banc, tout près du terrain. À la Coupe Davis, les joueurs qui ne sont pas sur le court, mais également tout le personnel de la délégation, servent un peu de « cheerleader » pendant les rencontres.

Le capitaine de 38 ans, lui, est assis avec son joueur, prodiguant des conseils pendant les changements de côté. 

Et elle est bien garnie et très vocale, cette sélection canadienne. Ils sont une dizaine de représentants, dont les Québécois Alexis Galarneau et Gabriel Diallo, qui ont fait le déplacement en Andalousie à titre de substituts. 

« Tout le monde était en énergie durant tous les matchs pour nous aider, a mentionné Dancevic. Je pense que ç’a nourri les joueurs, et que les joueurs [en double] se sont aussi nourris chacun de leur énergie. »

« Je crois que cela a vraiment fait la différence [jeudi] », a-t-il continué. 

Longtemps considéré comme un espoir du tennis canadien, ancien membre du top 30, Pospisil a chuté au classement dans les dernières saisons, embêté par des blessures et certaines contre-performances. 

À Malaga, le vétéran de 32 ans est principalement présent afin de disputer le double, une discipline dans laquelle il a longtemps excellé. Il y a déjà occupé le quatrième rang mondial, gagnant Wimbledon aux côtés de l’Américain Jack Sock en 2014. 

Des fleurs pour Pospisil

Et si Dancevic a vanté la prestation de Félix Auger-Aliassime et la résurgence de Shapovalov après son mauvais départ en simple, il ne tarissait pas non plus d’éloges à l’endroit de Pospisil. 

À l’instar de « Shapo », qui a reconnu que « beaucoup de mérite » revenait à Félix jeudi, mais aussi à son partenaire de double. 

« Comme l’a dit Frank, avoir Vasek ici avec nous est incroyable, a déclaré le 18e mondial. Vous savez, non seulement il est incroyable en simple, mais aussi en double. Il a obtenu de très bonnes performances dans le passé et a prouvé à maintes reprises qu’il était un excellent joueur. »

« C’est plaisant de partager le terrain avec lui et de s’encourager l’un et l’autre, a également pointé Shapovalov. C’était génial de donner la victoire au Canada. »

Un absent et des balles qui font jaser

Avant que le Canada ne se paie toute une frousse face à l’Allemagne jeudi dans cette phase finale de la Coupe Davis, les États-Unis, la seule autre nation qui misait sur deux joueurs du top 20 dans ses rangs, s’est vu montrer la porte de sortie par l’Italie.

Une Italie surprenante, privée de ses deux principales têtes d’affiche, Jannik Sinner et Matteo Berrettini, respectivement classés 15e et 16e, qui sont tous deux blessés.


Le capitaine de l’équipe canadienne, Frank Dancevic (au centre) n’était pas peu fier de ses protégés, Félix Auger-Aliassime, Vasek Pospisil et Denis Shapovalov.

Photo Reuters

Le capitaine de l’équipe canadienne, Frank Dancevic (au centre) n’était pas peu fier de ses protégés, Félix Auger-Aliassime, Vasek Pospisil et Denis Shapovalov.

Un spécialiste amer

Comme ce fut le cas dans le duel Canada-Allemagne, celui entre les Américains et les Italiens a aussi été départagée lors du double décisif, que la paire formée de Simone Bolelli et Fabio Fognini a remporté 6-4 et 6-4.

De l’autre côté du filet se trouvaient Jack Sock et Tommy Paul. Mais pas Rajeev Ram, troisième mondial dans la discipline et récent champion de la Finale de l’ATP. 

Le vétéran, qui avait déjà déclaré être amer d’avoir été laissé de côté par le capitaine Mardy Fish, y est d’ailleurs allé d’une pointe à l’endroit de la formation américaine sur Twitter, dans les instants qui ont suivi la défaite. 

« Comment se déroule l’Action de grâce [américaine] de tout le monde ? » a écrit le champion, détenteur de quatre titres cette saison. 

En conférence de presse, Fish s’est défendu de ne pas avoir sélectionné Ram, mentionnant qu’il était son grand ami et qu’il le considérait comme un grand joueur de double.  

« Assurément, il est l’un des meilleurs au monde. Mais mettre en place une équipe de double, ce n’est pas seulement prendre un joueur qui est très bien classé et le jumeler à un autre, en espérant qu’ils obtiendront de bons résultats », a soulevé l’ancien top 10. 

« Mauvaises et usées »

Seul gagnant de la journée du côté américain, Taylor Fritz y est pour sa part allé d’une longue critique à l’endroit des balles utilisées par les organisateurs du tournoi. 

« Tout ce à quoi je pensais [au bris d’égalité de la première manche], c’est à quel point les balles étaient mauvaises et usées, tellement que j’étais incapable de frapper un coup gagnant. Je tentais d’être agressif, mais ça ne menait à rien », s’est plaint le neuvième mondial, qui a pourtant triomphé de Lorenzo Musetti (23e), 7-6 (8) et 6-3. 

Félix Auger-Aliassime a remarqué la même chose face à Oscar Otte. Mais le Québécois, avec son tact habituel, ne s’est pas montré aussi critique. 

« Les balles et le terrain sont très différents de ce que nous avons vu à Turin la semaine dernière, a-t-il reconnu après son simple. Mais nous sommes habitués à ça, en tant que joueurs de tennis. Les conditions changent de tournoi en tournoi. »

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