Qatar 2022: je regarderai quand même

Qatar 2022: je regarderai quand même


On ne gagnera pas de prix d’originalité en déchirant sa chemise au sujet de la Coupe du monde de soccer démarrée dimanche.

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Une fois qu’on aura répété pour la 10 000e fois tout ce qui est choquant – la corruption, le sexisme, l’homophobie, l’esclavagisme, l’islam radical –, l’événement est là.

Politique

Comme le notait une chronique non signée dans The Economist, chaque Coupe du monde redémarre la machine à souvenirs chez l’amateur.

Mes souvenirs les plus marquants ? 

Paolo Rossi en 1982, le but d’Iniesta lors de la finale de 2010, l’hallucinant Uruguay-Ghana, le 7 à 1 infligé au Brésil, chez lui, par les Allemands, et tant d’autres.

Mais par-dessus tout, Diego Maradona en 1986. 

Ni avant, ni depuis, et peut-être plus jamais, on n’avait vu et on ne reverra un seul joueur, dans ce qui est le sport collectif par excellence, prendre sur ses seules épaules une équipe très ordinaire et l’amener jusqu’au bout. 

Je sais, je sais, la passion pour le sport n’est pas une raison pour se fermer les yeux sur le monument d’hypocrisie et de cynisme qu’est cette édition.

Mais pendant qu’on fouille pour trouver notre dernière chemise non encore déchirée, on peut tout de même recadrer un peu les affaires.

Ce n’est pas d’hier que le sport sert à de vastes manipulations des esprits.

Les victoires italiennes lors des Coupes du monde de 1934 et 1938 firent le jeu de Mussolini.

La dictature argentine récupéra celle de 1978.

Celle de 2018 servit de tribune à Vladimir Poutine.

Inutile de s’appesantir sur les Jeux olympiques de Beijing.

La liste, quand on s’y met, est interminable.

Cette Coupe du monde au Qatar est peut-être celle qui pousse le plus loin le bouchon de la turpitude.

Lors du match d’ouverture entre le Qatar et l’Équateur, les seules femmes visibles dans les tribunes étaient les touristes équatoriennes.

Boycotter ? C’est il y a des années qu’il aurait fallu agir, au moment où il devint évident que le Qatar était prêt à tout pour obtenir l’événement.

Cela fait des années que les pétrodollars achètent les consciences en Occident.

On peut par ailleurs choisir de voir autrement toute l’affaire.

Le Qatar voulait s’acheter une nouvelle image positive. Je crois que c’est raté.

Des gens qui ne pouvaient situer ce pays sur une carte savent maintenant à qui ils ont affaire. 

L’amateur de base, lui, devrait-il s’interdire de regarder ? 

Bien sûr que non. Qu’est-ce que cela changerait ?

Chacun d’entre nous n’en est pas à une contradiction près.

On prend bien l’avion pour nos vacances tout en déplorant les gaz à effet de serre, non ?

Quand même

Je vous le dis franchement : je regarderai avec un immense malaise, mais je regarderai quand même.

Mon favori ? Le Brésil. Mes coups de cœur sentimentaux ? Espagne, Argentine, Uruguay. Une équipe qui s’annonce redoutable ? L’Angleterre. 

Et être indépendantiste ne m’empêchera pas de souhaiter un beau tournoi à la belle équipe canadienne, jeune et méritante.





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